mercredi 30 septembre 2009

Bp Foundry: interview de Ian Party & exposition Sang Bleu à Paris

La démarche non conventionnelle et la rigueur du travail de Bp Foundry m'interpellent depuis quelques temps. Je ne sais plus trop comment je suis tombé sur leur site la première fois, mais leur politique de diffusion de caractères via un magazine de tatouage m'a tout de suite plu. Si de nombreux graffeurs de mon entourage ont tenté une réinsertion à travers cette pratique, je n'ai pour ma part aucune affinité avec ce milieu.

En fait, c'est l'attention porté à un médium généralement traité comme une sous-culture qui a retenu mon attention. Si habituellement ce genre de publication tendrait graphiquement à se rapprocher d'une revue de moto-cross, il en est tout autrement pour Sang Bleu.

C'est la qualité des caractères produits, loin des habituelles fonts fantaisistes pour magazine, qui m'a résolu à faire cette interview. J'ai donc contacté le P de Bp, Ian Party qui s'occupe du Type design de la fonderie.



Le SangBleu en mode Philly's Wicked

L'interview est suivie d'une série de previews (en avant première s'il-vous-plaît) des futures sorties de chez Bp. Le Didot Bp, Le Folkwang et quelques lettres du très attendu B&P.

Au passage, SangBleu s'expose à l'espace 12 Mail du 02/10/09 au 20/11/09

Bonjour Ian, pourrais-tu nous expliquer comment tu as atterri dans la typographie ? Seyth Pm?

Enfant d'une famille moyenne-bourgeoise vivant au bord du lac Léman dans un petit village au milieu des vignes, aimant le dessin c'est donc tout naturellement que je me suis mis à faire des tag et autres graffitis à l'âge de 14 ans, ça devait être en 91-92. Parfait candidat pour ce "sport-artistique" taillé pour les petits bourgeois en mal de culture de ville.

J'ai fait du graffiti sous divers noms dont "SEYT", avec divers groupes, dont les "PM" jusqu'au début des années 2000, décorant murs, bus et surtout la discipline reine, les trains. J'ai rencontré Maxime Buechi en 95, on a formé le groupe "SYF", première collaboration. Je me suis fait attraper une première fois en 98, puis en 99, après on respecte trop le graffiti pour devenir quelqu'un qui se fait payer pour faire des murs légaux ou autres toiles immondes...

Après mon bac scientifique, cours préparatoire à Vevey ou j'ai entre autre reçu des cours d'introduction à la lettre, je me suis dit naïvement que je devais les aimer vu que je faisais du graffiti, ce ne fut pas forcement le cas. Continuant à me persuader que je devais aimer la lettre, j'ai fait un CFC de peintre en lettre... apprentissage à la dure, te faisant regretter chaque jour ton choix. Mais apprentissage qui te forge et te met un bon coup de pied dans ton c*l de post-ado. Après 3 ans, je me suis inscrit à l'ECAL. Je me suis retrouvé dans la même classe que Maxime. Dès le début on a commencé à travailler ensemble.

C'est le graphisme enseigné à l'ECAL qui m'a vraiment mené au type design, principalement l'enseignement et le travail de François Rappo. Après mon diplôme j'ai directement été engagé par l'ECAL comme professeur pour donner les cours d'introduction à la typo en propédeutique, j'ai enseigné pendant une année puis je suis parti faire mon master à La Haye. En rentrant de La Haye, j'ai créé BP Foundry avec Maxime Buechi. Maintenant, je partage mon temps entre le dessin de caractères, la gestion de la fonderie et l'enseignement.

Malgré mes débuts, je ne pense pas que le graffiti mène à la création de caractères, mon expérience d'enseignant me ferait plutôt dire le contraire. Les ex-graffeurs sont souvent de mauvais type designer... je dirais même presque toujours de mauvais graphistes aussi... le hip hop est un milieu de coincés du c*l, ça fait rarement de bons créatifs.

Ce que je garde de mon époque graffiti:
l'esprit de développer avec une énergie inépuisable son propre truc en indépendant.

Les écoles du Zurich et de Bâle ont longtemps été les moteurs de la création graphique suisse, qu’en est-il aujourd’hui et de quelle manière appréhendes-tu cet héritage ?

L'école de Bâle n'est plus que l'ombre d'elle-même, on est bien loin des Gürtler ou des Weingart. Zurich (HGKZ) reste avec l'ECAL, la meilleure école de Suisse. Je ne parlerai pas d'héritage mais plutôt de culture. En Suisse, on a une culture graphique.

Lors de mes études c'était quelque chose d'assez naturel, je baignais dans la nouvelle scène Zurichoise, ils étaient presque tous mes profs ou intervenants, de Norm à Aude Lehmann. Le graphisme "grid system" c'était "cool et fresh". le "Modernisme" je ne le découvrais pas, je le vivais depuis ma naissance à travers mon environnement direct. Je jouais avec des codes que je connaissais d'une certaine façon déjà par cœur. C'est avec l'âge et une certaine maturité dans son travail que l'on met en relation un (son) style et une culture visuelle. Je respecte cette culture et me place directement dans cette tradition visuelle.

Le graphisme en Suisse ça se passe à Bâle et à Zurich, je veux dire professionnellement. Mais actuellement le meilleur endroit pour étudier cette culture graphique est à mon avis l'ECAL sous l'impulsion de François Rappo.

Quel regard portes-tu sur la scène graphique suisse contemporaine ?

Il y a des graphistes dont je suis le travail avec énormément d'intérêt. Il y a bien évidemment Maxime Buechi avec SangBleu et aussi celui de Ludovic Balland, à mon avis, le graphiste le plus doué du moment. Voilà pour moi un peu la dream team du graphisme en Suisse... et ailleurs. La scène Suisse reste pour moi une des références avec celle de Londres.

et toi, vue de la France comment tu définirais la scène suisse contemporaine?

Marz: Personnellement les graphistes suisses avec lesquels j'ai été en contact sont majoritairement originaires de Zurich, vivent en France, et ont maintenant dans les 40 ans. Ils ne veulent pas produire du graphisme "à la mode", pour eux la création se passe au niveau de la structuration de l'information et du choix des caractères. Ils recherchent avant tout, la radicalité et la fonctionnalité sans forme décorative.

Je dois dire que j'ai longtemps cru que leurs travaux reflétaient la touche helvétique. C'est en consultant les lauréats des plus beaux livres suisses que j'ai pris connaissance de la diversité des styles et de l'évolution de la scène.

Quand je vois votre travail (SangBleu) ou celui de Ludovic Ballant pour reprendre les exemples que tu citais j'ai l'impression que vous avez quand même pris vos distances avec le style international sans pour autant renier son apport fondamental. N'étant pas un historien du graphisme suisse, j'aurais du mal à dresser un tableau objectif. On sent néanmoins un coté plus latin dans certaines productions et aussi un goût pour l'expérimentation issue de l'école de Bâle. Peut-être que les disparités entre les différentes villes (Zurich, Bâle, Lucerne et Lausanne) sont aujourd'hui moins marquées qu'avant?

La scène suisse est toujours aussi riche en tout cas, le contingent de bons graphistes en est même déprimant. Je me demande vraiment comment il est possible de travailler dans votre pays. Cependant le contexte spécifique (culturel, démographique...) suisse induit aussi un certain conditionnement de la scène qu'il serait à mon avis naïf d'omettre. Personnellement, je perçois ça un peu comme un laboratoire.

Existe-t-il une différence marquante entre la partie romande et alémanique ?

Oui la principale production graphique de qualité se passe en Suisse allemande, très peu en Suisse romande. Le client et l'argent sont là-bas, mais surtout la tradition graphique y est plus forte et les institutions culturelles tout comme nombre d'entreprises ne sont pas frileuses pour actualiser leur communication.

À travers le travail BP, on sent une véritable réconciliation avec les formes dites historiques: est-ce une tendance de fond ?

Je ne pense pas que la typographie ait jamais été fâchée avec les formes dite historiques. De tout temps on a utilisé en masse des polices de type Garamond ou (à partir du 19e) des Didones, dès les débuts de la photocomposition tous les grands classiques ont été adaptés, pareil lors du passage au digital.

Nous proposons des fonts qui correspondent à nos envies graphiques, celle d'un graphisme suisse contemporain. Dans certaines de nos fonts la structure est issue du 17e 18e siècle français. Si nous sortons ces fonts c'est pour leur modernité, nous ne les voyons pas comme des fonts "historiques". Les deux prochaines sorties seront des familles sérif d'inspiration 18e français, viendra ensuite en mars 2010 une grotesque crée pour le prochain numéro de SangBleu (numéro 5).

Les caractères sans-sérif ont été longtemps synonymes de modernité, cette affirmation te semble-t-elle aujourd’hui toujours justifiée ?

Je pense que ce n'est plus du tout le cas. Le Swift ou le Thesis sont de bons exemples de font "sérif" utilisées pour avoir voulu marquer une certaine modernité. Ce qu'il y a de plus ringard à mes yeux ce sont ces fonts sans-sérif du type LaHaye ou Reading que l'on voit partout sur les blogs quand elles sortent mais plus jamais sur un graphisme de qualité par la suite. Elles sont utilisées pour des packagings de yahourts ou des guides télé...

Comment définirais-tu ton style ?

Difficile de définir son propre style, je ne pense pas avoir dessiné assez de fonts pour pouvoir arrêter une idée.

et toi comment tu définis le style BP?

Marz: Ehéhe bien joué, tu me retournes la question. Pour faire simple, je dirais helvétique et latin. Ce qui est intéressant c'est que l'on sent que vous êtes à la recherche de quelque chose. Que cela soit à travers votre communication ou vos caractères, il en résulte un certain dynamisme d'ensemble.

On pourrait aussi dire que votre travail est un peu l'expression de la dialectique hégélienne appliquée au dessin de caractères. LOL

Je reformulerais donc une question sur ce que tu as commencé à esquisser un peu plus haut, qu'entends-tu par modernité?

Pour ce qui est de la modernité je citerai une phrase de François Rappo quand il parlait de la font SangBleu. c'est une façon à la fois simple et ouverte de traiter de se sujet.

Qui s’intéresse à la typographie ? — tout le monde ! La typographie est un buzz, est une légende urbaine graphique, tout le monde en sait quelque chose. SangBleu, c’est BPfoundry. BPfoundry est vieille France lorsque la France, en typographie comme ailleurs, est moderne mais ne le sait plus. Henri Poincaré, Pierre Bézier, la DS 19, l’usine marémotrice de la Rance, le centre nucléaire de Saclay. Imaginez la synchronie française des années ’50 : le diagramme typographique d’Adrian Frutiger, le structuralisme de Claude Lévi-Strauss, le sérialisme de l’école de Darmstadt.

Ton travail est-il marqué par une revendication politique ou artistique ? Défends-tu une certaine vision de la création graphique ?

non je n'ai aucune revendication.
Je dis ce que je pense de certaines créations, style ou attitude, c'est tout.

Qu’est-ce qui pousse à se lancer dans la création d’une fonderie dans le contexte numérique actuel? Arrives-tu à en vivre ? En un mot, y a-t-il un avenir dans la création typographique ?

Tout comme le magazine SangBleu, notre principale envie avec BP était de créer nos propres trucs et de pouvoir les développer en totale indépendance.

Je vis uniquement de la typo, entre l'enseignement, les royalties et la création de custom. Plein de super projets sont en cours, d'autres arrivent, je n'ai vraiment pas à me plaindre.

S'il y a un avenir? L'histoire commence avec l'écrit il y a 5000 ans, on va pas arrêter demain.

On dit que la calligraphie et la musique sont intimement liées par le rythme. Le ressens-tu dans ton travail ?

Je n'ai jamais compris ces comparaisons entre musique, typo ou voiture, des comparaisons souvent faites par des dessinateurs de caractères, qui a part avoir une grande culture typo n'ont souvent aucune culture visuelle.

Oui l'enchaînement des différentes lettres est une question de rythme, mais je joue très mal de la guitare et Slash est un bien mauvais type designer.

Si tu devais sauver trois caractères d’un virus qui ravagerait par malheur ton ordinateur, lesquels choisirais-tu ?

aucun... Je ne les utilise pas et je ne suis pas fétichiste des fonts.

Le Didot Bp






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Le Folkwang






 Et pour finir quelques lettres du B&P









Mdvanii font privée pour BillyBoy et Lala


mardi 15 septembre 2009

Yamanote line | Hamamatsuchō

Après Tamashi, nous voici maintenant à la station Hamamatsuchō (浜松町駅, Hamamatsuchō-eki), toujours dans la municipalité de Minato. C'est la gare principale du quartier.

Le tampon de la station 

Les monuments représentés sur ce sceau sont le Temple Zōjō-ji (増上寺) et au second plan la Tour de Tōkyō"(東京タワー).



Le Temple Zōjō-ji

Peinture: Kawase Hasui, Temple Zozo-ji sous la neige (1953)

Sa première construction date de 1393. Deux siècles plus tard, il fût déplacé à Edo, pour l'emplacement qu'il occupe aujourd'hui dans la municipalité de Minato. Il est alors le principal temple de la branche bouddhiste Jōdo shū de la région du Kanto.
En 1590, il devint aussi le temple de la grande famille de Tokugawa Ieyasu (徳川家康), le dernier des trois unificateurs du Japon de la période Sengoku. Les couleurs emblématiques de la famille ornent toujours les murs du temple.


Vidéo: http://www.akihabaranews.com by Daimaou

La Tour de Tōkyō

Photographie: Satoshi Kawase, Tokyo Tower - Diamond Veil (2009)

Conçue par l'architecte japonais Tachu Naïto, cette tour est inspirée de son ainée la Tour Eiffel, mais la dépasse de 8 mètres tout en ayant une armature beaucoup plus légère (4000 tonnes contre 7300 pour la française). Elle fait partie des tours métalliques les plus hautes du monde. L'hiver elle est illuminée en orange, l'été en blanc.
La tour fût inaugurée le 23 décembre 1958 pour remplir plusieurs fonctions.
Elle sert de pôle de diffusion des ondes hertziennes et de plateforme de surveillance du traffic routier et maritime. Comme la Tour Eiffel, elle est ouverte aux touristes; aquarium, sol transparent en hauteur, restaurant, boutiques… Elle sera bientôt remplacée par la Tōkyō Sky Tree, une tour deux fois plus haute, dans le quartier de Sumida.

Hamamatsuchō

Vidéo: http://www.akihabaranews.com by Daimaou

La gare de Hamamatsuchō emprunte son nom à la rivière voisine qui coule en plein cœur de la ville. Elle est aujourd'hui surplombée d'une autoroute et de lignes de train. Néanmoins quelques restaurants-péniches accueillent encore les promeneurs (égarés).