lundi 30 mars 2009

Octavo par 8vo

— Article à lire en écoutant Durutti Column

Octavo est l'aventure typographique réalisée par 8vo (8 = Octa) en référence à la méthode de pliage éponyme apparue au début du XVIème siècle dans les ateliers d'Alde Manuce.

Ce magazine est paru 8 fois (le dernier numéro est un CD-ROM) entre 1986 et 1992 en Angleterre sous l'impulsion de Simon Johnston, Mark Holt et Hamish Muir.

A travers cette publication, ils tentèrent de réagir au graphisme en vigueur à cette époque en Angleterre, "towards the whimsical, gently humorous side of English culture creamy, watermarked paper, centred, serifed type; punning illustrations." (fantaisie, humour anglais, papier filigrané, composition centrée en serif , illustrations de jeux de mots). Les années 80 furent aussi marquées par l'arrivée du "design as big business" tirant le marché vers les consultants. Kidnappé de toute part, le graphisme était pris en étau d'un coté par le marketing et de l'autre par les comptables. 8vo croyait, eux, au potentiel de la typographie comme véhicule d'une communication créative et populaire. En effet la connaissance typographique était alors la chasse gardée d'une élite "old-school" recluse dans un académisme forcené et peu enclin à une diffusion vers le grand public.

Après plusieurs mois de réflexion, Octavo fût lancé de manière totalement indépendante sans aucune publicité ou sponsor, avec le désir de développer un forum de discussion relative à la typographie mêlant contextes historique et contemporain. Leur indépendance financière a permis à cette revue d'être ouvertement critique vis-à-vis de la situation du design en Angleterre.

Leur militantisme se voulut donc structuré et typographique, héritage de leur apprentissage à Bâle sous la baguette de Wolfgang Weingart.

Tous les numéros furent produits au format A4 avec 16 pages de texte (à partir d'un A1 plié) et composés en Haas Unica. Les articles étaient réalisés par des graphistes (Wim Crouwel, Wolfgang Weingart, Robin Kinross, Peter Mayer,...), mais aussi par des historiens et des journalistes (Martin Pawley)



L'enjeu fut d'expérimenter de nouvelles approches du design afin de mieux servir le contenu. Ce questionnement est intervenu à un moment-clé de la production graphique car il a su anticiper l'arrivée de l'ère informatique. Chaque numéro était l'occasion pour eux, de repousser les limites de leurs outils de création. L'évolution de leur média est d'ailleurs presque aussi intéressante que son propos.

Octavo est reconnu aujourd'hui pour avoir joué un grand rôle dans l'évolution du graphisme anglais au même titre qu'Emigre en Californie. Preuve que les règles ont besoin d'être apprises puis éprouvées, afin de pouvoir évoluer (la mutation des interfaces web en est un exemple récent).

8vo a par ailleurs réalisé les affiches du mythique club Haçienda (dans lequel la House a pris son essor en Europe) appartenant au label Factory Record (Joy Division, New Order,...) et les pochettes du groupe Durutti Column. Preuve qu'un travail de qualité et réfléchi peut avoir une vocation populaire sans pour autant devoir subir une censure populiste. On comprend ainsi que l'origine de ces dictats publicitaires ayant recours a de multiples effets graphiques et marketing, n'a d'ambition que la non-information volontaire du consommateur.







Sources:
On the Outside | 8vo — Lars Müller Publishers
Photos par Etienne Mineur & Slideshow par insect54 (Merci à eux)
Article sur Octavo en Français issu de la revue Azimuts n° 7/8 scanné par Design Lab
Article en Anglais assez complet sur 8vo
http://www.eightvo.co.uk/(non officiel)

mardi 3 mars 2009

Paul van Ostaijen - Ville Occupée (Bezette Stad)

Le poète Paul van Ostaijen (1896-1928) est l'une des grandes figures des lettres néerlandaises de Belgique. Il introduit dans la poésie l'unanimisme français avec un premier recueil, Music Hall, en 1916, et l'expressionnisme humanitaire allemand (le discours moderniste soutenant un engagement humaniste) avec Le Signal, en 1918.



Il milita jusqu'en 1918 pour le "Mouvement Flamand". Mais il dut quitter, de peur des poursuites, la Belgique après avoir insulté publiquement le Cardinal Mercier. Van Ostaijen n'aurait pas supporté une invective du cardinal comparant la langue flamande à un grognement de cochon. Il s'installa donc à Berlin en 1918. Confronté à la misère et au climat pré-révolutionnaire de l'époque, marqué par l'insurrection spartakiste, il rompt avec l'idéal "naïf et grandiloquent". Entre 1918 et 1921, il écrit Les Fêtes de l'Angoisse et de la Douleur qui ne sortira qu'après sa mort. En 1921, il compose Ville Occupée, œuvre complexe et d'une grande rigueur, dans laquelle il développe une typographie rythmique dont je souhaitais faire écho ici.

En effet, nourri d'Apollinaire il introduisit le modernisme de la forme dans la poésie flamande. Ses poèmes suggèrent l'absurdité du monde en bannissant la syntaxe et recourent à tous les moyens de la typographie pour isoler le mot, porteur de sens.

"je croyais m'être mis dans la peau d'un honnête homme;
Me voilà dans celle d'un assassin."





Sources:
La langue et la littérature néerlandaises des origines à nos jours
Piet de Groof - Général situationniste / Édition Allia.

lundi 2 mars 2009

David Poullard @ Paris 8: le 18 mars 2009



Typographie contemporaine Conférence de David Poullard

Mercredi 18 mars 2009 à 18h30
salle A1-172 Département Arts plastiques
Université Paris 8, 2 rue de la liberté 93526 Saint-Denis
Métro ligne 13: Saint-Denis Université


Le cul entre trois chaises
C'est ainsi que je pratique, bon gré mal gré, mon métier. Trois territoires qui se chevauchent, se frottent, s'opposent parfois, se nourrissent souvent: la commande, le «hors-commande», l'enseignement. Trois tiers d'un tout avec lequel je jongle, m'essouffle ou jubile, c'est selon. Et au milieu de ce tout, comme point commun, le mot, les mots, les mots proches, et les lettres qui leurs donnent formes. M'y attacher.

Notes biographiques
  • David Poullard est dessinateur de caractères typographiques, graphiste et enseignant. Son champ d’investigation est l’interrogation du quotidien, et plus spécifiquement l’étude des écritures exposées et des pratiques sociales qui les génèrent.
  • Il dessine à partir de 1999 la série des Ordinaires, caractères typographiques inspirés des noms de stations en carrelage présentes dans le réseau métropolitain parisien. À la demande de la RATP, il dessine en 2001, en collaboration avec Julien Gineste La Métropolitaine, caractère typographique destinée à composer les noms des stations de style Guimard puis en 2004 un caractère destiné à composer les destinations sur les supports à LED des tramways et de certaines lignes de RER.
  • Dans le champ de l'édition, il a notamment réalisé le catalogue de l'exposition R/B, Roland Barthes (Centre Pompidou), en collaboration avec Philippe Lakits, et plus récemment Fernand Deligny, œuvres, ouvrage primé au concours de plus beaux livres français en 2007.
  • En compagnie de Florence Inoué et de Guillaume Rannou, il développe depuis 2001 des projets destinés à questionner nos habitudes langagières, à fouiller les ressorts de notre oralité. Un corpus de 210 «locutions figées» a été mis jour et contextualisé sous diverses formes (tracts, affiches, inscription monumentale). Un Précis de conjugaisons ordinaires, ouvrage paru en 2006, propose à qui veut 190 verbes «nouveaux», déclinés de locutions et expressions françaises. Il mène actuellement, dans le cadre d'une bourse du Cnap, une recherche: «Ces lettres dans lesquelles on circule», tentative d'interrogation de l'environnement scriptural des villes françaises.

Ce cycle de conférences, initié par Félix Müller, donne la parole à des professionnels de réputation. Graphistes, typographes et/ou dessinateurs de caractères y présentent leur travail.
Site web: www.arpla.fr/canal11
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